Henri

Epilogue

 

Un soleil radieux nous guide mon père et moi. Au petit matin, on dérange Serge une dernière fois pour récupérer le sac et les cordes. Ensuite on effectue un aller et retour jusqu’en Avignon pour prendre le reste de mes affaires.

Je laisse un mot à Alexis sur la porte. En fait, c’est un plan pour sauver le monde. En trois points ! Mais une bonne idée comme celle-là, vous comprendrez, je me la garde ! Je dépose les clés du studio dans la boite à lettre et on décolle.

En route pour l’impétueux Mont Ventoux. Dans la voiture, je recharge mon portable. Et une fois sur place, on se lance dans un atelier nœuds marins pour attacher les deux voitures ensemble. La corde est assez longue, il ne manque plus qu’un « poteau » sur lequel faire passer notre gréement, ainsi mon père roulant sur le chemin, cela permettra de tirer ma voiture verticalement.

Il y a un petit tronc d’arbre là. Exactement pile poil où il faut, vous voyez ce que je veux dire ? La chance tourne, Allah a pris le pas sur Yahvé (je vous expliquerai mon système religieux une autre fois. Là, il n’y a pas le temps, je suis occupé à manœuvrer la voiture). Est-ce que la corde va supporter la tension ? Est-ce que l’arbre va tenir ? Oui. Oui ! La voiture remonte sur le chemin ! Mon père est aux anges. Il s’est investi du conte philosophique de mes aventures et maintenant la réussite de ce dépannage, il rajeunit de dix ans ! Faut dire que ces journées sont longues à la maison avec ma mère, il ne s’est pas fait de nouveaux amis depuis qu’ils ont déménagé dans la région. Il est content aussi de passer un moment viril avec son pote-fils.


On décide sans raison d’échanger nos voitures pour le retour. On redescend jusqu’à Bédoin où j’ai dit à mon père de m’attendre le temps que j’achète du tabac. En sortant de là, je me rends compte que mon père a redémarré sans m’attendre. Bon, je pars moi aussi et j’accélère pour le rejoindre, de manière à ce qu’on se suive sur la route.

Je roule vite mais même dans les plus grandes lignes droites, je ne vois toujours pas mon père devant. Après plusieurs kilomètres à ce train, je trouve l’entrée de l’autoroute, et je reprends une allure normale. Sans trop comprendre comment, je me dis que j’ai déjà dû le dépasser. Et s’il y a eu un problème, il peut me joindre sur le téléphone.

Au bout d’une vingtaine de kilomètres, le téléphone sonne justement. Mon père est en panne sur une aire d’autoroute. Mais vingt kilomètres encore plus loin ! C’est là que je me rappelle que mon père est un ancien champion de France de kart et conducteur de rallye. Excité comme un gosse, il a bombé comme un malade pour faire la course et je n’étais pas prêt de le rattraper !

A l’entrée de l’aire, je vois ma voiture bien garée, avec de la fumée qui sort du capot. Malheur ! Ma pauvre, ma regrettable voiture, dans son grand âge, a tendance à perdre de l’eau et mon père qui l’a poussée dans ces derniers retranchements à exploser le moteur. Il faudra revenir la chercher avec une remorque cette fois.

Mon père est tellement content de lui, content d’avoir apporté sa graine à cette aventure insensée, que je n’ai pas le cœur de le sermonner. Je prends cet auto-stoppeur inattendu avec moi et nous rentrons cette fois-ci pour de bon. Repus de sensations. Ah ! J’ai de qui tenir !

 

Fin