Henri

 

Prologue

 

C’est l’été. Un long été provençal. Rien de plus déprimant que d’être déprimé pendant la belle saison ! Alors, c’est maintenant que je décide de me ressaisir.

Je trépigne, je m’agite. Voilà presque un an maintenant que je me morfonds chez mes parents. Oui, l’année passée, j’avais sombré brutalement dans une névropathe impuissance. Dévoré par le regard de mes camarades, empreint par une asphyxiante agoraphobie, j’avais dû suspendre mes études et quitter la ville. Dès lors, je me suis couvert d’une ombre angoissée. Jusqu’à ce que le soleil revienne.

Pas à pas, je m’éclipse de ma cellule humide, de mon couvent maternel et j’arrive à emprunter le chemin plus heureux du troquet du village. C’est là que j’ai rencontré toute une bande de jeunes qui me permirent de reprendre goût au vice. Ils ne sont pas tous sympas, un peu trop attachés à leur petit moi, pis surtout ayant une forte tendance à critiquer les membres de la bande dans leurs dos, ce qui montre un peu la solidité des amitiés dans cette région de la France. Mais ils savent tous comment on se sert d’un godet, et c’est à peu près tout ce que je leur demande.

Oh, il y en a quand même un qui n’est pas originaire du coin et qui est plus civil que les autres. Jérôme est un type qui fait dix ans de moins que son âge. C’est bien pratique vous pensez. Oui, mais lui en a 34, alors quand on apprend son âge, on est bien obligé de lui trouver un air un peu cloche ! Qui plus est quand on sait qu’il en est rendu à peu près au même point que moi : des déceptions, une dépression, retour chez papa, maman. Jérôme est un vrai alcoolique, c’est mon meilleur ami ici.

Cette amitié récente est venue faire écho à une plus ancienne, plus ancrée. Afin de totalement exorciser mes démons et d’exterminer mon mutisme, j’ai rappelé ce vieux pote, Alexis. On a convenu que je vienne lui rendre une visite prolongée. Pour ne pas trop le squatter, j’ai emprunté une tente à Jérôme. Je pars demain.

Alexis est un enfant du ska punk. Au lycée, les profs lui avaient souhaité toutes les misères du monde. Pourtant, c’est le seul aujourd’hui à avoir sa propre entreprise ! Il a monté un centre équestre à Cavaillon. C’est sûr qu’avec sa tête naturellement rouge à force d’amour avec une pipe à eau et ses cheveux longs sur le dessus et rasés sur les côtés, dans notre campagne natale, on émettait des doutes sur lui. Alexis est un vrai hachischomane, c’était mon meilleur ami là-bas.
 

Suite ->