Catherine Estrade

 


                                 Sombre

 

Acte 1

 

Des hommes noirs assis sur le bord des allées

un jardin de silence

un songe

 

et seul sur le banc

absent délimité

il pleure

 

le parcours cristallin s'enchevêtre

entre les hochements

les prières

 

le regard sur les autres noirs assis

sur le silence planté

cultivant un à un les bulbes

les racines

sinueuses mourantes

 

noirs les hommes s'arrachent

des postures des ornières

déterrent les silences

pour en faire des cris

pour en faire des souffles

 

Et seul il reste assis

attendant

que les hommes noirs retournent

sur le bord des allées de silence



 

Acte 2

 

Pétrifié il avance

craquelant de granit de mica rose

les mains dans les fissures des jointures défaites

 

Le hourdi toujours vide

et la cave en jachère

 

Il habite le monde

et suit les hommes noirs

 

jamais

 

il n'est pas le visible

et de ses gestes imperceptibles

ne viennent que les muettes destinées à tire d'aile

 

Juste derrière les hommes noirs

ou sur les sommets de leurs crânes vernis

il chuchote leurs noms

 

qu'ils ne peuvent entendre

 

Acte 3

 

Ils sont le reste du monde

les post-scriptum

 

les traînées sombres

ce qui avale et ce qui ruine

 

le chant dérisoire

des oripeaux de guerre sur nos ongles

 

Les hommes noirs assis sur le bord des allées

 

et l'homme seul encore le regard vers la mer

le regard sur la scène de sable

les mains dans les boueux lacis du sel

construisant des tours et des tours

tombé dedans les trous

entre deux vagues molles

 

Et s'épuisent les derniers souffles

de ceux qui marchent pétrifiés

de granit

de mica rose

ceux qui de loin pleurent la scène de sable

 

pendant que dans leur lit

passent les hommes noirs