Catherine Estrade 
                                    





                   Les larmes aux yeux


 

Plus loin de moi

les courses au vent au trot au pas

plus loin encore

ne pas comprendre

 

un monde sans moi

petite étoile éparpillée dans

une galaxie fuyante

une planète fongicide

des vivants morts d’être las

 

et l’herbe qui flottille aux abords

quand je longe près de toi les rivières enlacées

les forêts d’écureuils aux épines ensemencées

jamais de me lasser de te dire que je t’aime

 

le renard trop pressé devant nous

juste aux limites du concevable

et le sommet des bouleaux

qui de tangage s’épouvante

ainsi je ne me lasse pas de te dire que je t’aime

 

malgré le monde sans moi

 

écrasée par le silence des vivants morts d’être las

 

malgré cette odeur insupportable après le soir

dans les champs butinés de germicide

près des nuages radioactifs des chaleurs électriques

des orques enplastiquées des mers trop pleines

 

Pourtant

toujours

je continue de chavirer mes pas près des tiens

dans la tourbe et les espaces immenses

le regard perdu les mains serrées

 

les larmes aux yeux