Catherine Estrade




                                 L'oiseau


 

Le quai gris

les rails sous la pluie

 

un oiseau s'est posé

mutilé

au bord des traverses vieillies

 

Eux courent s'élancent

et les pavés marmonnent

 

l'oiseau pleure en silence

perché

Aile ballante et vermillon

 

Les traînées des souliers vernis

l'aiguille des talons contre les bétons nus

les larmes synthétiques

étalées sous les pieds

 

Le train ne partira que lorsque l'oiseau pâle

dernier geste élancé

extirpera ses plumes des traverses vieillies

pour les donner

entières

au départ des wagons

 

Eux resteront

Montés sur leurs ergots
 

Marcher courir sur la bordure

inertes dans la course

 

attendant que repassent

les trains qu'on ne prend pas