Le Zinc

Parlons maintenant d’un jeu qui a trait à l’esprit matheux : les échecs. Si je souhaite que les maths aient un statut à part, il en est de même pour le jeu des rois. J’aimerais vous convaincre qu’à partir d’un certain niveau d’apprentissage, les échecs ne sont plus un jeu où on s’affronte mais ou plutôt on se ligue à deux contre l’essence du jeu.

En effet, moi qui suis débutant, j’ai pu faire l’expérience que le jeu possède plusieurs niveaux de compréhension. Il y a d’abord le niveau 1, lorsque après avoir maîtrisé les règles de déplacement des pièces, on remarque qu’il est possible de les coordonner pour attaquer. Typiquement au début, on va découvrir qu’associer le fou et le cavalier peut être redoutable. On arrive à des positions comme celle-ci :

Je ne reprends pas tout depuis le début, je prends pour argent comptant que vous savez déplacer les pièces aux échecs. Si ça n’est pas le cas, vous devriez quand même comprendre où je veux en venir.

Au niveau 2, on réalise que l’autre peut mener ces mêmes attaques que l’on a trouvé et donc on se met à défendre. Notre expérience en attaque de niveau 1 nous a appris que les pions c2 et f2 sont fragiles. Notamment f2 qui n’est défendu que par le roi dans la position initiale. Défendre contre ces attaques de niveau 1 n’est pas bien difficile. Souvent il suffit de déplacer un pion. Là, dans l’exemple qui suit, on casse l’attaque du cavalier et du fou adverses en avançant le pion e3, ce qui défend le fragile pion f2.

Au niveau 3, on fait un nouveau bond dans la compréhension du jeu. Par mimétisme encore, on comprend que l’autre peut défendre facilement lui aussi et donc on cesse les attaques précipitées, on met en place la théorie des ouvertures. A savoir sortir tranquillement ses pièces sans trop les mettre en avant. On attend d’avoir plus de pièces sorties et coordonnées pour lancer une attaque.

Je n’ai pas dépassé ce niveau – la théorie des ouvertures étant un trop gros morceau à avaler – mais j’imagine que le niveau suivant, c’est de jouer contre l’essence du jeu. A ce niveau on ne fait plus de fautes gratuites. Ces dernières deviennent grossières, elles ne font plus vraiment partie du jeu.

Oui la théorie des ouvertures, c’est quelque chose de dingue, tellement ça va loin. Pour chacun des premiers coups possibles, on trouve assez de livres correspondant pour remplir une bibliothèque. Par exemple pour l’ouverture où chacun joue le pion du roi puis le cavalier de la même aile (défense Pétrov), je trouve sur google plein de références de livres sans trop chercher. Des livres entiers ! qui partent de cette configuration et explore toutes les voies qui en découlent. Ce jeu divertissant possède un champ de savoir immense.

Autre phénomène, il y a ces gens qui arrivent à jouer de tête, sans échiquier. Il voit la liste des coups écrits, genre 1.e4-e5 2.cf3-cf6 (c’est encore la défense Pétrov) et ils visualisent le jeu. Dans leur tête se matérialise plus que l’échiquier. Ils voient les structures que génèrent les pièces. Ils matérialisent mentalement les diagonales, les colonnes et tous ces vecteurs de tension.

Tout ça me laisse à penser que les échecs sont un jeu particulier. Les joueurs qui s’y adonnent, qui sont en club et maîtrisent les ouvertures touchent à l’essence du jeu. Ils ne se battent plus l’un contre l’autre mais exécutent plutôt une danse qui plaît à l’âme transcendantale du jeu, comme le jeu des perles de verre de Herman Hesse. C’est juste une petite différence de stratégie qui déterminera un vainqueur. La partie, elle, aura été parfaitement exécutée des deux côtés. On pourrait demander à Karpov et Kasparov de reprendre leur duel mythique avec la condition qu’à chaque fin de partie, le perdant aurait le droit de revenir à n’importe coup qu’il souhaite en arrière. Il nous serait offert alors un spectacle éternel, où chaque joueur peaufinerait toujours mieux sa stratégie et rendrait grâce à l’esprit de ce drôle de jeu.

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12/4/2017


Commentaire de Catherine O   

Moi je joue un chouïa, en paresseuse qui n'a bien sûr jamais dépassé le niveau 2; mais, oui, j'aime bien cette idée d'un au-delà du jeu. J'ai connu cela dans certaines situations où finalement l'affrontement ou la coopération deviennent danse, improvisation chorégraphique, dialogue entre les protagonistes, où le duel n'est plus qu'un prétexte à laisser jaillir une créativité qui nous dépasse.



6/3/2017


Commentaire de SERGE   

Je n'ai rien compris ne connaissant rien aux échecs ! Cependant il me semble que tu cherches à démontrer qu'il n'y a pas d'opposition entre esprit mathématique-scientifique et esprit poètique,littéraire,artistique (et autres catégories que je ne sais définir)


 

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