Catherine Estrade          



                                 La feuille

 

Elle est posée là
Fragile et tremblante encore
 
Au son des vents d’hiver
 
elle baigne ses nervures à nu
dans l’éclat gris des flaques bitumeuses
Et je ne sais d’elle ou de moi celle
qui
 
elle est tombée tout à l’heure
poussée par les bourgeons pressés
une miraculée de givre
une dentelle suspendue gracile hésitante
 
L’hiver est un silence qu’on n’ose pas fléchir
 
je ne sais d’elle ou de moi celle
qui
 
Je l’aurais bien prise dans ma main
 
Froide et mouillée
 
Mais de sa peau n’aurait subsisté qu’une
infime parcelle du limbe
Celle entre mes doigts
 
Et de ce morceau d’elle j’aurais fait un linceul
 
Mais je ne sais d’elle ou de moi
Celle qui

                                 


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