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Souterraine
Plonger.
Descendre un à un les degrés. Laisser derrière soi le dehors trépidant.
Loin.
S’enfoncer peu à peu. Renoncer au soleil et au chant des cigales.
Avancer vers la nuit, humblement.
Je descends.
Les yeux écarquillés, mains tendues, souffle court, questionnant en silence les ténèbres immenses ; un manteau de froid m’enveloppe et s’infiltre ; mes doigts glacés caressent la roche dure et lisse.
L’eau, sans bruit, ruisselle doucement.
Je m’enfonce.
L’obscurité s’entrouvre puis s’éclaire, timide, piquetée çà et là de lucioles immobiles ; voûte fantastique aux fines stalactites, concrétions improbables, étoffes inédites.
L’éternité d’un monde m’accueille, hors du temps.
J’avance.
Pente douce. Echos feutrés de mes pas. Glissements… Surface patinée d’une gigantesque salle ; colonnes d’albâtre tout autour, érectiles ; et le goutte à goutte ténu, invisible,
des siècles qui s’empilent, imperceptiblement.
Et soudain s’arrêter.
Là, devant, nul passage.
La paroi nue se dresse, immobile, inviolable ; la terre ici défend l’accès à ses entrailles.
Déraison fulgurante : creuser et puis s’enfouir, ne plus jamais monter, ne plus jamais sortir…
Ou s’arracher au rêve, revenir aux vivants, avec le cœur qui cogne d’un grand chagrin d’enfant. |
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